Ce blog a pour but d'aider et de favoriser les échanges sur la généalogie, la recherche de vos ancêtres en France et en Nouvelle Calédonie, découvrir vos secrets de famille, les histoires qui se répètent de génération en génération L'astrologie, le Reiki, la psychogénéalogie peut vous aider également à comprendre votre histoire et guérir du passé.
Une nouvelle vague de colons: les planteurs de café :
A partir de 1894, le gouverneur Feillet veut redresser la situation. Il introduit, à grands renforts de publicité, une centaine de familles d'agriculteurs français, principalement dans les vallées de la côte Est (côte la plus fertile). A charge pour eux de cultiver du café afin de développer le pays.
Quelques-uns de ces nouveaux pionniers, dont les terres proviennent des dernières réquisitions brutales du patrimoine foncier kanak, vont s'accrocher avec énergie à leurs hectares. Leurs descendants sont aujourd'hui très fiers de leurs vaillants ancêtres. Ces derniers durent improviser dans tous les domaines: relations avec les Mélanésiens, construction de leur maison, nouvelles cultures.
Ils en appelèrent à l'administration qui les avait lancés dans cette aventure. En vain. Finalement difficultés et déceptions auront raison d'un bon nombre de ces colons Feillet.
La fièvre minière :
La mine, plus que l’agriculture, a peuplé la Nouvelle-Calédonie. Des 1854, James Paddon avait signalé du charbon au sud-ouest de la Grande Terre. La fièvre de l’or, repéré dans le nord de l’île, n'épargne pas non plus le pays, tandis qu'on y découvre du cuivre, du plomb argentifère, du zinc, du fer, du cobalt, du chrome et surtout, révélée en 1863par l'ingénieur Jules Garnier, la présence de grandes quantités de nickel.
Les premières mines sont ouvertes au mont Dore en 1874, à Thio en 1875. Une usine de traitement du minerai est bâtie à Nouméa en 1879. L’année suivante naît la Société Le Nicket (SLN) qui préside, jusqu'à nos jours, aux destinées de la Nouvelle-Calédonie.
L'importation de main-d'œuvre :
Sur les mines, sur les grandes propriétés, les colonisateurs français choisissent, dès les années 1860, d'employer une main-d'oeuvre à bon marché, des travailleurs émigrés sont recrutés dans d'autre territoires ou colonies : Indiens de La Réunion, Néo-Hébridais et, quelques décennies plus tard, Japonais, Indochinois, Javanais des Indes néerlandaises. Cette politique économique, qui se tourne aussi vers des blancs démunis (ouvriers libres ou bagnards) mais dont la population kanak locale est écartée, exerce sur des gens déracinés une autorité absolue. Plusieurs milliers d'indochinois viendront travailler et mourir pour la Société Le Nickel dans les mines de Thio et des alentours de Nouméa. De véritables négriers capturent, dans leurs îles, des Néo-Hébridais qui périront sur la grande Terre sous le joug d'une exploitation forcenée.
Cette traite a permis l'essor du secteur minier et avec le secours de la main-d'œuvre pénale, l'aménagement routier et portuaire, longtemps très rustique, de l’île. Liés aux employeurs blancs qui les ont importés sous contrat et enfermés dans des ghettos installés sur les mines mêmes, les trieurs exotiques (c’est ainsi qu’on les appelait à l’époque) resteront pour la plupart étrangers aux Kanak, quant à eux tout aussi enfermés dans leurs réserves et totalement interdits d'expression.
De 1854 à 1914, la Nouvelle-Calédonie voit s'accroître sa population non kanak. Le recensement de 1906 fait apparaître que les Mélanésiens, dont le nombre est inférieur à trente mille, ont perdu en cinquante ans plus de la moitié de leurs effectifs d'origine, tandis que les Européens et les autres ethnies installées en Nouvelle-Calédonie totalisent au bas mot vingt cinq mille personnes.
A cet afflux correspond le développement de Nouméa. Dans l'intérieur de l'île hormis quelques bourgades comme Bourail , Népoui et Pouembout ou Thio (au pied de la mine de nickel). L’essentiel du peuplement se disperse dans des fermes installées sur des domaines plus ou moins vastes.
Cette expansion urbaine et rurale de la colonie prive peu à peu les Kanak de leurs terres, presque sans compensation.
Pourtant, à ses débuts, l’administration coloniale avait reconnu les droits fonciers des autochtones. Le jour de la prise de possession, le capitaine de vaisseau Tardy de Montravel avait déclaré aux populations kanak de Balade :" Voulez-vous être français ? Désirez-vous que votre pays soit soumis à la domination française ? Nous vous protégerons, vos terres seront toujours à vous, on ne vous prendra que ce qui ne vous est pas nécessaires " De même, dans une déclaration de janvier 1855, le gouvernement s'engageait à " racheter les terres occupées par les indigènes ".
Ces belles promesses ne seront pas tenues. Le plus souvent, le colonisateur, pour dégager les espaces jugés nécessaires à son installation, ne procéda à aucune transaction. Il se contenta d'entériner au besoin par des arrêtés, les accaparements anarchiques de terres ou, pire encore, de les faciliter en élaborant une juridiction aussi spéciale qu'hypocrite. Des fonctionnaires consciencieux ont très tôt compris que, chez les Kanak, l'accès aux terres est réglementé par la propriété individuelle privée, transmise à l'intérieur de la famille ou à défaut du clan.
En bonne logique, il aurait donc fallu négocier les transactions foncières avec chaque ayant droit. On préféra ressusciter le mythe bien colonial d'une propriété collective primitive placée sous
l’autorité d'un chef promu personnellement responsable de toute la tribu. Il suffira alors de circonvenir ou de menacer ce personnage pour avoir accès à tout un territoire au risque de provoquer la fureur des propriétaires mélanésiens.
Il n’est pas étonnant que dans les trois premières décennies de la colonisation, plus de vingt révoltes éclatèrent. Aux casse-tête, haches, frondes et sagaies des autochtones, l’armée oppose son artillerie, ses fusils et exploite les rivalités entre Kanak.
Le problème Kanak persiste jusqu’à la seconde Guerre Mondiale où la guerre du Pacifique porta à la société calédonienne un premier coup. En 1942 débarquent sur une Nouvelle-Calédonie ankylosée plus de cent mille soldats américains soit plus de deux fois la population de l'archipel. Ils apportent leur matériel ultramoderne, leurs dollars, leur formidable esprit d'entreprise et d'innovation.
Le choc moral n'est pas moins grand, les Mélanésiens remarquent que des officiers noirs commandent de simples soldats blancs. Les Américains donnent l'exemple d'un dynamisme qui ne semble pas s'embarrasser de préjuges sociaux et raciaux.
Quelques années plus tard, la vieille société coloniale se trouve encore placée au cour de changements qui la contestent en 1946, un décret gouvernemental abolit le code de l’indigénat et la nouvelle constitution donne la citoyenneté française aux Mélanésiens comme à toutes les autres ethnies non européennes. Formellement une colonie française devient Territoire d'Outre-Mer. Mais, dans la pratique, les pesanteurs du système antérieur freineront les évolutions soudain rendues possibles. Héritage colonial contre démocratie; la Nouvelle-Calédonie n'est pas, aujourd'hui encore, sortie de cette contradiction.
Dans l’après-guerre, l’accès au droit de vote et à la libre association pour tous offre, pour la première fois aux communautés du Territoire, les conditions d'une compétition politique ouverte. Un peu plus tard, en 1956, la Loi-Cadre, dite loi Defferre, entend faire participer directement toutes les ethnies, et en particulier les Mélanésiens, à la gestion des affaires locales. Ceux qui, dans la situation politique antérieure, s'estimaient bafoués, exploités ou laissés pour compte vont s’engouffrer dans cette brèche. Ils se heurteront aux plus fervents défenseurs du modèle colonial.
Au début des années cinquante, broussards ouvriers et Kanak se regroupent dans le premier parti d’opposition : l'Union Calédonienne (U.C.). Cette formation reste fermement contrôlée par les églises protestante et catholique qui invitent les mécontents à avancer des revendications respectant l’ordre établi. U.C. n'en formulera pas moins un programme réclamant pour les Kanak la possibilité d'accéder au statut de fonctionnaire, l'égalité des salaires, la construction d'écoles et de dispensaires. Les progrès sociaux escomptés doivent selon l’Union Calédonienne établir une juste parité entre Noirs et Blancs et restaurer la dignité du peuple mélanésien.
Mais les traditions ségrégationnistes tenaces de la société calédonienne auront raison de ces aspirations